A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,
Golfes d'ombre ; E, candeurs des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombelles ;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;
U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d'animaux, paix des rides
Que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux ;
O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,
Silences traversés des Mondes et des Anges :
— O l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux !
Cet étrange poème figurant dans le recueil Poésies 1870-1871, suscita de nombreux commentaires de la part de plusieurs exégètes. Parmi eux, ceux de Verlaine dans ses Poètes maudits :
« la Muse, disons-nous, d’Arthur Rimbaud prend tous les tons, pince toutes les cordes de la harpe, gratte toutes celles de la guitare et caresse le rebec d’un archet agile s’il en fut.
Goguenard et pince-sans-rire, Arthur Rimbaud l’est, quand cela lui convient, au premier chef, tout en demeurant le grand poète que Dieu l’a fait. »
Rimbaud fera sa propre critique à l'automne 1873, dans l'alchimie du verbe.
Néanmoins, le mystère demeure entier quant à son interprétation. Le poème subséquent du même recueil, qui poursuit la coloration d'éléments intangibles ne résout pas nécessairement l'énigme :
l'étoile a pleuré rose...
L'étoile a pleuré rose au coeur de tes oreilles,
L'infini roulé blanc de ta nuque à tes reins
La mer a perlé rousse à tes mammes vermeilles
Et l'Homme saigné noir à ton flanc souverain.
Situez Arthur Rimbaud dans le Couloir du temps.