Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue :
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds :
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.
Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l'amour infini me montera dans l'âme,
Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, — heureux comme avec une femme.
Ce poème, écrit en mars 1870, parut dans le recueil Le Cahier de Douai. Rimbaud le reprit, avec de légères variantes dans une lettre à Théodore de Banville du 24 mai 1870.
Étrangement, dans sa lettre, le jeune homme de seize ans affirme en avoir dix-sept :
« Nous sommes aux mois d'amour ; j'ai dix-sept ans. L'âge des espérances et des chimères, comme on dit, — et voici que je me suis mis, enfant touché par le doigt de la Muse, — pardon si c'est banal, — à dire mes bonnes croyances, mes espérances, mes sensations, toutes ces choses des poètes — moi j'appelle cela du printemps. »
Le chansonnier-poète québécois Félix Leclerc dont les souliers ont beaucoup voyagé, a mis ce poème en musique et l'a interprété avec une grande sensibilité.
Situez Arthur Rimbaud dans le Couloir du temps.