Tandis que les crachats rouges de la mitraille
Sifflent tout le jour par l'infini du ciel bleu ;
Qu'écarlates ou verts, près du Roi qui les raille,
Croulent les bataillons en masse dans le feu ;
Tandis qu'une folie épouvantable, broie
Et fait de cent milliers d'hommes un tas fumant ;
— Pauvres morts ! dans l'été, dans l'herbe, dans ta joie,
Nature ! ô toi qui fis ces hommes saintement !... —
— Il est un Dieu, qui rit aux nappes damassées
Des autels, à l'encens, aux grands calices d'or ;
Qui dans le bercement des hosannah s'endort,
Et se réveille, quand des mères, ramassées
Dans l'angoisse, et pleurant sous leur vieux bonnet noir
Lui donnent un gros sou lié dans leur mouchoir !
1870 fut une année charnière pour le jeune homme de seize ans :
« ... Dans deux ans, dans un an peut-être, je serai à Paris. »
C'est au cours de cette année, riche en événements que Rimbaud écrivit son poème le mal, paru dans Le Cahier de Douai. Il n'a rien perdu de son actualité...
Situez Arthur Rimbaud dans le Couloir du temps.