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Arthur Rimbaud

Rimbaud

le mal

Tandis que les crachats rouges de la mitraille
Sifflent tout le jour par l'infini du ciel bleu ;
Qu'écarlates ou verts, près du Roi qui les raille,
Croulent les bataillons en masse dans le feu ;

Tandis qu'une folie épouvantable, broie
Et fait de cent milliers d'hommes un tas fumant ;
— Pauvres morts ! dans l'été, dans l'herbe, dans ta joie,
Nature ! ô toi qui fis ces hommes saintement !... —

— Il est un Dieu, qui rit aux nappes damassées
Des autels, à l'encens, aux grands calices d'or ;
Qui dans le bercement des hosannah s'endort,

Et se réveille, quand des mères, ramassées
Dans l'angoisse, et pleurant sous leur vieux bonnet noir
Lui donnent un gros sou lié dans leur mouchoir !

Contexte

1870 fut une année charnière pour le jeune homme de seize ans :

  • 24 mai : Lettre à Théodore de Banville, auteur et critique de journal, dans laquelle Rimbaud présenta trois de ses poèmes, dont sensation :
    « ... Dans deux ans, dans un an peut-être, je serai à Paris. »
  • 19 juillet : Déclaration de guerre par la France à la Prusse.
  • 6 août : Rimbaud remportait une fois de plus les premiers prix académiques (discours latin et français, vers latins, versions latine et grecque, enseignement religieux, récitation, excellence) de même qu'une distinction en histoire et en géographie.
  • 29 août : Fuguant vers Paris, Rimbaud fut arrêté et emprisonné pour avoir pris le train sans billet. Il fut délivré grâce à son professeur de rhétorique.
  • 4 septembre : Proclamation de la République à Paris.
  • 19 septembre : Début du siège de Paris.
  • Décembre : Rimbaud transmettait certaines de ses oeuvres à un journal des Ardennes sous le pseudonyme 'Jean Baudry'.
  • 28 décembre : Paris était bombardé.

C'est au cours de cette année, riche en événements que Rimbaud écrivit son poème le mal, paru dans Le Cahier de Douai. Il n'a rien perdu de son actualité...

Situez Arthur Rimbaud dans le Couloir du temps.

Bibliographie