Un poème d'Arthur Rimbaud présenté par origaNo

Rimbaud - Sensation

 

Le poème

Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :
Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds :
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, — heureux comme avec une femme.

Fouler l'herbe menue

 

Notes contextuelles

Ce poème, écrit en mars 1870, parut dans le recueil Le Cahier de Douai. Rimbaud le reprit, avec de légères variantes dans une lettre à Théodore de Banville du 24 mai 1870. Étrangement, dans sa lettre, le jeune homme de seize ans affirme en avoir dix-sept :

Nous sommes aux mois d’amour ; j’ai dix-sept ans. L’âge des espérances et des chimères, comme on dit, — et voici que je me suis mis, enfant touché par le doigt de la Muse, — pardon si c’est banal, — à dire mes bonnes croyances, mes espérances, mes sensations, toutes ces choses des poètes — moi j’appelle cela du printemps.

Les chansonniers-poètes québécois Félix Leclerc dont les souliers ont beaucoup voyagé de même que Robert Charlebois ont mis ce poème en musique et l’ont interprété avec une grande sensibilité. La version de Charlebois est disponible sur YouTube. Souhaitons y entendre et voir un jour également celle de Félix. Et si Robert C. actualisait la version sur YouTube (peut-être avec vidéo), on l’aimerait beaucoup !

 

Lexique

Douai
C’est à Douai, située à 135 km à l’ouest de Charleville-Mézières, chez son professeur et ami Georges Izambard que Rimbaud se réfugie lors d’une fugue en septembre 1870.

Il y reviendra en octobre de la même année alors que Paris est assiégée par les Prussiens. À Douai, Rimbaud fait la connaissance du poète Paul Demeny à qui il confiera des copies légèrement modifiées de plusieurs de ses poèmes dans l’espoir de les faire publier (en vain).

 

Bibliographie