Un poème autobiographique de Victor Hugo présenté par origaNo

Demain, dès l'aube…

 

Contexte historique

En 1843, Victor Hugo est dévasté quand sa fille Léopoldine décède à 19 ans, peu après son mariage. Entraînée par ses lourdes jupes quand son bateau chavire, elle s’est noyée dans la Seine à Villequier. Son jeune mari est mort en essayant de la sauver. Alors en voyage avec sa maîtresse dans le sud de la France, c’est assis dans un café que Victor Hugo apprit la mort de sa fille ainée dans un journal.

Le 4 octobre 1847, Victor Hugo crée un poème pour lequel il a modifié sa date de création pour le 3 septembre —veille de l’anniversaire de la mort de Léopoldine. Sans titre, ce poème sera traditionnellement connu selon son incipit : « Demain, dès l’aube… ». S’adressant à sa fille Léopoldine, disparue quatre ans plus tôt, c’est un poème autobiographique de Victor Hugo.

Manuscrit de « Demain, dès l’aube… »

Cliquez ou tapez sur l’image ci-dessous afin de visualiser le manuscrit de ce poème, composé de trois quatrains d’alexandrins en rimes croisées, laissé par Victor Hugo :

Manuscrit du poème « Demain, dès l'aube... » de Victor Hugo

Le poème

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

Léopoldine

Léopoldine Hugo à 13 ans (1837) — dessin de Louis Boulanger

Le 4 septembre 1843, Léopoldine (ci-dessus) et son mari, Charles Vacquerie, se noient dans la Seine, près de Villequier.

M.Charles Vacquerie, habile et vigoureux nageur, plein de courage et de sang-froid, a plongé et replongé pendant plus de cinq minutes, et a été vu plusieurs fois ramenant à la surface de l’eau sa jeune femme. Mais, hélas ! ils ont fini par disparaître tous deux comme entrelacés !…(…) Et la famille Hugo quel va être son désespoir ! Quelle atroce blessure pour le cœur de la femme du poète et du poète lui-même ! (…) frappé au même endroit que naguère Lamartine (…)

Journal de Rouen du 6 septembre 1843