Horizons perdus

 

Horizons perdus, film de Frank Capra paru en 1937 —au milieu de la Grande Dépression— raconte la saga du diplomate anglais Robert Conway qui peu avant son retour en Angleterre, effectue une dernière mission en Chine où il doit rescaper des occidentaux avant l’arrivée des révolutionnaires.

L’avion à bord duquel le diplomate et les rescapés s’envole est détourné et s’écrase dans les Himalayas, tuant sur le coup leur ravisseur. C’est dans une carlingue d’avion en partie détruite, au milieu des replis arides et glaciaux d’une montagne et où tous les espoirs semblent évanouis, que débute véritablement le film.

Contre toute attente au milieu de ce drame, des moines tibétains surgissent à leur rescousse et les invitent à leur monastère. Après maintes péripéties, ils parviennent subitement en un endroit où vent et froid ne sont plus et où s’étale devant eux une vallée verdoyante au milieu de laquelle surgit le monastère promis, sous des envolées d’oiseaux.



La majeure partie de ce film se déroule dans cette vallée, tourné en partie depuis l’endroit d’où a été prise la photo montrée en haut de cette page. C’est la vallée idyllique et paradisiaque de Shangri-La où les considérations monétaires sont absentes, où il n’y a plus de troubles sociaux et où ses habitants ont une longue durée de vie.

Mais la vallée qui est présentée dans cette photo n’est pas celle des Himalayas mais plutôt celle d’Ojai, ville localisée entre Santa Barbara et Los Angeles, en Californie. C’est un des nombreux artifices utilisés par Frank Capra afin d’amoindrir des frais de production qui se sont élevés à 2 626 620 $ —un record à l’époque.

Il fut une ère au cours de laquelle l’occidental éclairé considérait le Tibet comme un paradis terrestre où vivaient des moines détenant le secret de la vie éternelle.

Au-delà des nombreux obstacles et délais rencontrés dans le tournage de ce film et de la saga financière qui s’ensuivit, il est intéressant de souligner la portée sociale du film. Dans une période socio-économique désastreuse (voir encadré), Frank Capra donnait vie à la nouvelle de James Hilton, Lost Horizon, figurant les premiers balbutiements mis en images par l’Occident sur une avenue de libération de l’être distincte de l’approche eschatologique inhérente aux religions monothéistes. Capra se fait le pourfendeur d’une société qu’il décrie à travers les propos du Grand Lama et propose en alternative une société basée sur des valeurs davantage humanistes. Capra était aussi le premier réalisateur à dénoncer publiquement le fascisme et la persécution des minorités.

Il s’agit certes, d’une vision naïve du Tibet, antérieure à celle que nous a fait découvrir le dalaï-lama et les moines tibétains car l’oasis de ceux-ci fut probablement moins paradisiaque que celui de Capra. Néanmoins, ce film traduit une recherche susceptible de combler un déficit de croyance qui devait s’amorcer autour du début du siècle dernier et qui n’a cessé de croître depuis.

Début du XXe siècle — contexte historique

Au début du XXe siècle, le sionisme s’imposait en Palestine, le fascisme montait en Europe, l’Amérique était sous le coup d’une grave crise économique et Gandhi oeuvrait pour libérer son peuple de l’occupation britannique. De surcroît, il y eut l’occupation italienne sous Mussolini de l’Éthiopie, le début de la guerre civile espagnole et Hitler qui fit réoccuper la zone démilitarisée de la Rhénanie pour rétablir la souveraineté du Reich sur la frontière occidentale de l’Allemagne.

Pendant ce temps, la Chine luttait contre les trafiquants étrangers, les révoltes internes, la famine et les invasions japonaises. Ici et là, en territoire chinois, Britanniques, Américains et Soviétiques avaient établi leurs commerces, leurs chemins de fer, leurs armées, leurs avions, leur religion, leurs cultures. La révolution chinoise menée par des paysans changerait la donne pour plusieurs décennies…


Ojai — l’étrange vallée californienne

Si la spiritualité est abordée en 1937 dans une grande production hollywoodienne, ce n’est peut-être pas étranger à la proximité de la vallée d’Ojai où, nous le rappelons, une partie du film Horizons perdus a été tourné. Curieusement surnommée la Shangri-La de la Californie du sud, la vallée d’Ojai est empreinte d’une histoire marquée de célébrités et personnalités en lien avec le spiritualisme, telles Beatrice Wood et Krishnamurti. Pour en savoir davantage, visitez la page Ojai — l’étrange vallée californienne sur notre site affilié Dharma-Blues.